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quarta-feira, 24 de janeiro de 2018

Le Monde

L’ancien président brésilien Lula reconnu coupable en appel, son avenir politique compromis

Le « père des pauvres » a été reconnu coupable de corruption à l’unanimité des trois juges de la cour d’appel de Porto Alegre, qui ont alourdi sa peine d’un tiers, à douze ans et un mois de prison.
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Lula, le 24 janvier.

Bravache, le torse en sueur, galvanisé par les manifestants scandant son nom, Luiz Inacio Lula da Silva, « Lula », 72 ans, président iconique du Brésil de 2003 à 2010, clamait encore son innocence à Porto Alegre, dans le sud du Brésil, la veille de son jugement, pestant contre une « élite perverse » qui n’aurait jamais digéré l’ascension du gamin pauvre du Nordeste hissé sur la plus haute marche du pouvoir. Puis mercredi 24 janvier, quelques heures après sa condamnation en appel, défiant à nouveau une justice qui venait de le mettre à terre, il a affirmé : « Maintenant je veux être candidat à la présidence. »

Les trois juges du tribunal de deuxième instance de Porto Alegre ont décidé à l’unanimité, ce jour-là, de le déclarer coupable et d’alourdir la sentence prononcée six mois plus tôt par le juge anticorruption Sergio Moro. Accusé de « corruption passive » et de « blanchiment d’argent », Lula a vu sa condamnation à neuf ans et six mois de prison transformée en une peine de douze ans et un mois de rétention, applicable après examen d’éventuels recours. « On vit une tragédie, la tragédie de la corruption », a expliqué le juge Joao Pedro Gebran Neto.
Aux abords du tribunal, la foule de militants pleurait. « C’est une affaire Dreyfus ! On ne condamne pas seulement Lula mais l’espoir du peuple brésilien », s’étrangle Claudir Nespolo, de la Centrale unique des travailleurs (CUT) de Rio grande do Sul, syndicat lié au Parti des travailleurs (PT, gauche) de l’ancien président.

Les plaies rouvertes

A quelques kilomètres de là, le mouvement de droite, Movimento Brasil Livre (« Mouvement du Brésil libre », MBL) célébrait « la victoire de l’éthique sur l’immoralité ». « Personne n’est au-dessus de la loi », souriait Kim Kataguiri, à la tête du MBL, s’apprêtant à monter sur le char « CarnaLula », un Carnaval fêtant le crépuscule de l’ex-chef de l’Etat.
A Sao Paulo, Rio de Janeiro, Salvador de Bahia et dans diverses capitales régionales, l’opposition entre les anti et les pro-Lula rouvrait aussi les plaies d’un Brésil déchiré en deux camps irréconciliables. A en croire les militants de gauche, le jugement de Lula ne serait que le deuxième acte du « coup d’Etat » amorcé par la destitution, en 2016, de Dilma Rousseff, sa successeure. Un « putsch » orchestré par les vielles élites avec l’appui d’une partie du système judiciaire pour empêcher leur idole, Lula, de défendre les droits des miséreux.
Une thèse moquée par les anti-PT. « Rien de ce qui à a voir avec Lula n’est authentique, sincère, véridique. (…) Le soi-disant “frère” des pauvres est millionnaire », écrit dans une tribune publiée le 24 janvier dans la revue conservatrice Veja l’éditorialiste José Roberto Guzzo.
A son comble, l’émoi du pays est lié aux conséquences politiques de la sentence. En vertu de la loi Ficha Limpa (« casier propre »), le verdict est à même de barrer la candidature de Lula à l’élection présidentielle de 2018. Une demi-mort pour un homme dont l’existence se confond avec celle du PT né sous la dictature militaire (1964-1985).

« Plus personne n’est innocent »

Mais le vieux lion de la politique, crédité de 36 % d’intentions de vote, ne renonce pas. Jeudi 25, le PT devrait officialiser la candidature du héros de la gauche brésilienne. Et à défaut de vouloir réviser le jugement, sa défense peut déposer un recours visant à éclaircir certains points de la sentence et suspendre la décision pendant quelques mois. Assez pour que le favori des sondages mène campagne en attendant la décision du Tribunal supérieur électoral (TSE) pour valider, ou non, sa candidature.
A quelques mois du scrutin présidentiel prévu en octobre, le TSE pourrait-il se montrer indulgent envers le condamné ? Lula, l’increvable, bénéficie du soutien de célébrités, d’intellectuels et d’une partie de la population qui lui voue un culte quasi religieux et se fiche de son casier judiciaire. Venue d’une petite ville à quatre heures de route de Porto Alegre, Deniset Ramos, 32 ans, agricultrice, confesse : « Lula innocent ? Plus personne n’est innocent. Mais Lula est le seul qui aide le peuple. » « Les autres passent au-dessus de la justice et même s’il a volé, il n’est pas le seul ! », complète son amie Franciele Oliveira Douglas.
La popularité de Lula grandit quand celle du juge Sergio Moro s’effrite. Hier adulé, le magistrat chargé de l opération « Lava Jato » (lavage express) qui a mis au jour en 2014 les pratiques de corruption de l’ensemble de la classe politique, est désormais suspecté de s’être acharné sur Lula et la gauche, après avoir transformé ses enquêtes en « reality show judiciaire ».
« L’image de la justice est abîmée. Ce jugement, rempli d’erreurs, est une aberration. Le juge Moro est devenu une superstar, il s’est prêté au jeu médiatique. C’est inconcevable », estime Eugenio Aragao, juriste et ministre de la justice sous le gouvernement de Dilma Rousseff.

Vaincre dans les urnes plutôt que dans les tribunaux

Dans les faits, « Lava Jato » attaque l’ensemble du spectre politique et, pour la première fois dans l’histoire de la jeune démocratie, a mis des puissants derrière les barreaux. Ainsi de l’ancien président de la Chambre des députés Eduardo Cunha, architecte de la destitution de Dilma Rousseff et membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, historiquement au centre désormais adepte d’une politique de droite), condamné à quinze ans de prison. Ou de l’ex-gouverneur de l’Etat de Rio, Sergio Cabral (PMDB), apparu chevilles et poignets menottés lors de son transfert vers un pénitencier de l’Etat du Parana.
Mais la gauche enrage : le président Michel Temer (PMDB), suspecté de « participation à une organisation criminelle », « corruption passive » et « obstruction à la justice », a pu barrer les enquêtes le visant grâce au soutien du Congrès. Aecio Neves, adversaire du PT, continue de siéger au Sénat en dépit de lourdes charges. « Pas moins de 45 sénateurs sur 81 doivent répondre d’accusations criminelles auprès de la Cour suprême. Aucun n’est en prison. Il semble étrange que la justice ne soit rendue que contre un homme de gauche, favori de la présidentielle », commente Sylvio Costa, à la tête du site Congresso em Foco, qui scrute l’actualité parlementaire.
De l’avis même des ennemis de l’ancien président, il semble désormais préférable de vaincre Lula dans les urnes que devant les tribunaux, sous peine de voir le pays s’embraser.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/01/24/l-ancien-president-bresilien-lula-reconnu-coupable-en-appel-son-avenir-politique-menace_5246582_3222.html#QpTQEqmAfKPyKrYB.99

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